Appelés aussi "fonds ajourés" ou "ajours" ou parfois "jours à fils écartés", ce sont des effets ajourés obtenus en resserrant simplement les fils du tissu, sans en couper ni en enlever. Ils se travaillent sur des toiles au tissage peu serré, avec une aiguille à tapisserie fine, en comptant les fils. Les effets varient en fonction des points utilisés, de l'épaisseur et de la texture plus ou moins lâche du tissu et des caractéristiques du fil utilisé.

Les points de base se combinent en une multitude de motifs décoratifs utilisables pour orner avec élégance et raffinement de nombreux objets : linge de table, voilages, luminaires, objets personnels. Certains de ces points sont utilisables pour des motifs linéaires et pour des motifs de surface, seuls ou en mélange, d'autres sont utilisables uniquement pour ajourer des surfaces plus ou moins importantes.

Les jours peuvent être utilisés seuls ou associés à d'autres techniques : broderie libre, patchwork, boutis… selon l'imagination et le désir de chacun.
                                
Quoique d'origine ancienne, la broderie ajourée se prête bien à des utilisations décoratives actuelles, et nous ouvre un champ créatif infini tant au niveau des motifs que des points eux-mêmes.

Un peu d'Histoire et de Géographie ...

Les jours à points comptés ont été utilisées dans plusieurs régions du monde, souvent associées à du passé plat ou d'autres points, donnant des styles de broderie variés. On les retrouve dans des pièces du XIXème siècle originaires d'Iran, dans le costume traditionnel de plusieurs régions d'Ukraine, en France dans les coiffes pelboises dans les Deux-Sèvres et dans des coiffes, voilages ou fichus de plusieurs régions de France, dans certaines pièces de broderie Chikankari en Inde, et certainement dans bien d'autres pays. Ils s'intègrent parfois dans des motifs géométriques (Iran, Ukraine, coiffes pelboises), parfois dans des motifs plus souples (Inde).

Mais ces techniques ont vraiment pris leur essor en Europe au XVIIIème siècle, plus particulièrement dans la région de Dresde en Allemagne où l'on fabriquait de cette façon, qu'on appelle alors Point de Dresde ou Point de Saxe, de merveilleuses dentelles brodées sur de fines batistes. De la même époque, il nous reste des pièces semblables venant du Danemark, d'Angleterre et de Suisse,  il semble donc qu'une bonne partie de l'Europe anglo-saxonne en ait produit ou utilisé. Ces toiles fines étaient le plus souvent ornées de motifs floraux : chaque motif était rempli de points ajourés ou damassés, et cerné ensuite d'un point plus épais ; parfois le fond aussi était ajouré. On brodait ainsi des bonnets, fichus, tabliers, manchettes, et même des gilets qui étaient alors matelassés. On reste admiratif devant le talent et l'imagination des brodeuses de cette époque, et devant la diversité des motifs de points utilisés.

En ce qui concerne la broderie de Schwalm, qui s'exécute avec des jours à fils tirés ou des jours à points comptés selon la toile utilisée, on la considère parfois comme une version populaire de la broderie de Dresde. Ses motifs d'oiseaux, de coeurs et de tulipes sont caractéristiques de ce style de broderie et la plupart des points ajourés peuvent y être utilisés.

Quelques utilisations traditionnelles : coiffe, voilage, et châle des Pyrénées et des Alpes

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